Archives de l'Hebdo des concarnautes
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Hebdo special Date : Mon, 19 Jul 1999 21:36:58 +0200
L'Hebdo des concarnautes
Hebdo spécial
Evenement
Le 21 juillet, à Concarneau,
lecture en public de l'ouvrage de
Hervé Jaouan : Mal de terre
C'est un texte tout neuf, fini d'écrire par Hervé Jaouan il y a quelques
jours. Il raconte la "très véridique" histoire d'Amélie Bonniec. Amélie est
caseyeuse dans un port qui ressemble autant à la ville d'Ys qu'à Concarneau.
Et elle est aussi ...Flibustière dans l'âme !
Ce texte nous fait visiter divers aspects méconnus de l'histoire de notre ville.
Et il brode autour... en empruntant parfois à divers mythes occidentaux.
La lecture sera effectuée par Henri Guéguen, lecteur à haute voix.
Elles aura lieu dans la Ville Close, à deux ou trois reprises le 21
juillet : parfois au Carré des Larrons, et parfois devant
la Maison du Gouverneur.
Et aussi en soirée, au Carré des Larrons. Ce soir-là, la
lecture sera faite en présence de l'auteur, et sera agrémentée de
tableaux de
Marie Jaouan, peints à Concarneau cet hiver, et exposés durant tout cet été à
Locronan.
Ce spectacle se situe dans le registre du conte. Il dure environ 3/4 d'heure.
Une participation libre est demandée aux auditeurs : à partir de 15 Francs
Extraits de l'ouvrage
Le canot qui passe là-bas, qui sort du passage, ce canot rouge et
blanc, le voyez-vous ? C'est celui de la Flibustière. La Flibustière,
c'est son surnom, c'était déjà celui de sa mère. Son vrai nom, c'est
Amélie Bonniec. Elle tient son surnom de la chanson qu'elle chante
toujours quand elle tire son filet ou qu'elle remonte ses casiers.
La mère d'Amélie, Louise, était tombée folle amoureuse d'un
simple pêcheur du Passage Lanriec, Armand Bonniec. Brave
garçon, et courageux, mais pauvre. On dit qu'ils se sont rencontrés
lors de notre grande fête de l'été. Ils se sont vus de loin, j'imagine.
Ils étaient grands, tous les deux, et ne pouvaient se manquer. Ils ont
dansé, valsé, se sont parlé. Ce qu'ils se sont dit, je ne le sais pas.
Mais c'étaient de ces mots doux et chauds ...
Dès le lendemain, Louise rejoignait Armand, et ils quittèrent
notre ville pour échapper à sa famille à elle.
Quand ils revinrent, quelques années plus tard, après la mort des
parents de Louise, ils s'installèrent dans la petite maison basse du
Passage Lanriec. Ils connurent leur bonheur que nous ne savons
pas. Un bonheur de chansons, qu'il accompagnait à l'accordéon.
Elle pêchait parfois avec lui. Elle avait appris. Une femme en
pêche, ce n'est pas dans nos habitudes. Mais bon !
Amélie apparut. Les cheveux rouges et la folie de ses parents, les
yeux verts de sa mère. Le même goût pour la houle et le vent, pour
l'eau salée sans fin, pour ces chemins jamais tracés.
Un jour qu'Armand était parti seul en pêche, avec mer belle, une
vraie navigation de demoiselle, il ne revint pas. On retrouva son
canot inoccupé qui dérivait tranquille du côté de l’île de Guiriden.
Malaise ? Accident ? Crime ? Mais qui ? Pourquoi ? Oh ! bien sûr,
on parla... On parle toujours dans ces cas-là. Querelles de pêcheurs,
vengeance de la famille de Louise... Tout se disait ! Allez donc
savoir le vrai !
Mais Louise n'était pas femme à s'arrêter aux larmes, ni à laisser
travailler seuls ses filets de veuve. Elle partit elle-même en pêche.
On dit qu'une fois, elle trouva dans le ventre d'un énorme bar
qu'elle remonta péniblement au bout de sa ligne un os de phalange
avec une alliance portant les noms d'Armand et Louise.
En tout cas, Louise ne cessa plus d'aller en pêche. Son mal
d'amour, c'était son mal de mer. Armand était donc partout, réparti,
dissout dans l'océan immense ! Elle en pêchait peut-être des
parcelles dans ses filets, au bout de ses lignes, au fond de ses
casiers !
Nous regardions Amélie grandir, de loin. L'école l'intéressait peu.
Elle attendait de pouvoir partir en mer. Ce qu'elle faisait dès que
possible, sur un petit misainier. Elle rangeait comme personne les
roches de la pointe du Cabellou et manœuvrait finement en
chantant des chansons que lui avait apprises sa mère.
Pourquoi Amélie chante-t-elle cette chanson ? Parce qu'elle la
tient de Louise, d'abord. Pourquoi Louise la chantait-elle ? Parce
qu'elle se reconnaissait en Mary Read, et en Ann Bony, ces
flibustières, qui, comme elle, se battaient jour après jour.
Tenez, Célina Rochedreux, lointaine aïeule de Louise et Amélie,
chantait elle aussi, mais c'était la terrible complainte du Vengeur. À
vingt-cinq ans, elle était considérée comme la plus belle fille de la
ville. L'Empereur Napoléon III et l'Impératrice Eugénie devaient
venir récompenser, le 17 février 1852, notre Jean-Marie Furic, le
Vieux Vétéran, d'une médaille à ruban, de la Légion d'Honneur,
quarante-six ans après les faits. Jean-Marie avait piloté le vaisseau
le Vétéran pour le mettre à l'abri des Anglais dans notre port. Notre
héros perclus de rhumatismes était assis sur une chaise au milieu de
la place d'Armes, ses larmes coulaient doucement. Il ne pouvait pas
ne pas penser à sa jeunesse et à ses camarades disparus. La belle
Célina se tenait prête, un gros bouquet dans les bras, à dire un
compliment écrit par le maître d'école. Les autres jeunes filles
la regardaient, jalouses. La foule attendait. Mais l'Empereur,
pressé d'atteindre Quimper, délaissa notre ville, Jean-Marie Furic et
Célina Rochedreux. Quand le sous-préfet annonça la défection et se
décida à accrocher lui-même la médaille à la vareuse de Jean-
Marie, Célina pleura. Le Vieux Vétéran, toujours assis sur sa
chaise, tint à entonner, en pleurs, la chanson du Vengeur, autre
vaisseau glorieux et tragique. La fête s'acheva, Célina garda le
bouquet que sa mère mit sous une cloche de verre, la chanson du
Vengeur, et le surnom moqueur de L'Impératrice qui ne la quitta
plus. Trois ans plus tard, elle épousait le fils du menuisier Guégan,
un beau mariage. Jean-Marie Furic n'était plus. C'est le menuisier
qui chanta la chanson du Vengeur, à la demande de la mariée, qui
fit encore des jalouses.
Amélie ! Sa beauté ! Sa douceur ! Elle en a eu, elle en a encore,
des amoureux !
François Rien descend du Louis Rien qui passa neuf ans sur les
maudits pontons anglais après avoir été pris sur la Furieuse en
1802 et, par sa mère, du liégeois Jean-Martin Rensou, venu chez
nous sur le Vétéran. Sûr qu’il n’a jamais été bien beau, Louis. Ni
dessus, ni en dedans. Il est ordinaire, lui, moyen. Son cœur aussi,
sans doute, est moyen, mais bien plein, trop. Et voilà : il aimait, il
aime sans doute encore, Amélie. Sans espoir. Un soir d’hiver, il
grimpa sur la muraille, tout en haut du Fer-à-Cheval, et plongea
dans l’eau froide du passage. Par chance, peut-être, pour lui, le
Rédempteur, un chalutier classique de 35 mètres, qui rentrait juste
à ce moment, le sauveta. On dit qu’au fil des années, à force de tirer
ses filets, de remonter ses casiers, petit à petit, morceau par
morceau, bribe par bribe, os par os, on dit qu’Amélie a fini par
récupérer son père ! Louise avait rejeté la phalange et l’alliance à la
mer. Amélie garda tout !
Je sais, difficile d’y croire. Moi-même souvent… Mais je connais
Amélie ! Alors…
On disait qu’il était rangé, Armand Bonniec, dans une valise. Et
que, certains soirs, Amélie le reconstituait sur la table de la cuisine
de la petite maison du Passage-Lanriec. On dit que la vieille
Louise, de son fauteuil, protestait : elle ne comprenait pas
pourquoi, elle disait qu’on ne sait même pas. Elle disait que cet
Armand-là était peut-être fait de bien d’autres. Le tibia droit était
peut-être celui de Vincent Poullou, le gauche de Jean-Guillaume
Rioual. L’omoplate gauche était peut-être à Yves-Marie Brisson, la
droite à Alain Gourlaouen, les côtes à Pierre-Joseph Thépot, à
Guénolé Féchant, à Michel Quélennec… Moi, je fais confiance à
Amélie.
Amélie n’entendait pas sa mère. Elle reconstituait son cher puzzle
macabre, puis elle le défaisait et le rangeait à nouveau dans la
grande valise de carton bouilli rouge.
Un jour, la valise disparut. Il fut facile de comprendre comment.
Le lundi qui suivit la disparition de la valise, on vit "le
Rédempté", François Rien, prendre le chemin de la gare, son grand
sac de marin sur l’épaule, une grande valise de carton bouilli rouge
à la main. Revenu de son grand plongeon, François partit pour une
campagne au thon tropical sur le Via Gwalarn, comme prévu. Mais
au retour de cette campagne, sa décision était prise. Il quittait notre
ville pour aller en Dordogne, où il avait de la famille : des
Branellec, des Abgrall, des Moron (les fils du boucher de Brest), et
d’autres Rien qui s’étaient installés là-bas avec l’aide de l’Union
des Syndicats Agricoles du Finistère et des Côtes-du-Nord.
L’Union avait un Office permanent à Périgueux, et a aidé au moins
cinq cents familles d’ici à trouver des terres là-bas.
Tout le monde vit "le Rédempté" traverser le passage sur le P’tit
Château, qui venait tout juste d’être mis en service, traverser la
Ville Close, longer le quai Pénéroff, remonter l’avenue Pierre
Guéguin et l’avenue de la Gare, notre ancien Grand Chemin. Il
longea le cimetière. Il alla jusqu’à Quimper, puis à Brest où il
descendit à l’Hôtel Moderne, rue de Siam, tenu par Anne et Michel
Branellec, de lointains cousins à lui. Le lendemain, il prenait le
train pour Paris. Ensuite Périgueux.
Que fit "le Rédempté" du contenu de la valise ?
(C'est ce que dira la suite de l'histoire à ceux qui viendront l'écouter...)
Pour la liste complète des évennements se déroulant à Concarneau,
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à bientôt sur Concar.Net
Frederic Serre
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