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Participation à l'enquête publique sur le projet d'aménagement de la liaison (RD 22/RD 122) entre Concarneau et l'échangeur de Kerampaou (RN 165) à Melgven.

Participation à l'enquête publique sur le projet d'aménagement de la liaison (RD 22/RD 122) entre Concarneau et l'échangeur de Kerampaou (RN 165) à Melgven.

Du mardi 12 avril 2000 au mercredi 17 mai 2000 en mairies de Concarneau, Melgven et Trégunc.

Nous, soussigné Louis Nerzic, intervenons dans cette enquête en qualité de citoyen soucieux de défendre le patrimoine naturel et culturel national et local dans l'application de l'État de droit.

Dans cet esprit notre intervention est un plaidoyer pour la préservation d'éléments sans prix du patrimoine concarnois indispensable pour développer et pérenniser la qualité de la vie et l'activité économique de notre région et particulièrement celle de Concarneau, ville d'art et de culture intellectuelle, dans le respect rigoureux de l'État de droit.

Introduction

Le dossier d'enquête qui nous est présenté, effectué dans une société en mal d'éthique, est volumineux et coûteux; nous en dénoncerons ci-dessous l'illégalité et les incohérences; un jour la Cour des Comptes ne manquera pas de dénoncer ses carences et le gaspillage de l'argent public.

Notre rapport est remis par nous au commissaire enquêteur le mercredi 17 mai 2000. Il concerne la gestion du patrimoine de la nation; nous le communiquerons démocratiquement à qui de droit. Il concerne également la gestion du patrimoine des générations futures; il sera archivé pour leur faire connaître les responsabilités dans l'administration de notre belle et fragile petite planète et juger de la qualité de l'héritage que ses gestionnaires d'aujourd'hui ont le devoir de leur transmettre .

Par lui nous voulons faire comprendre aux divers responsables d'un projet, qui implique inexorablement la destruction du patrimoine naturel et culturel de la nation, qu'ils ne sont, comme tous les humains, que des morts en sursis, que leurs ambitions ne sont que vanité .

EXPOSE

Les enquêtes publiques sont censées être prescrites pour permettre aux citoyens de s'exprimer et de faire les observations que la situation exige.

Premièrement

Nous observons qu'une enquête publique n'est légale que si elle concerne un projet lui-même légal. Or dans le cas présent cette enquête porte sur un projet que la loi interdit clairement et formellement sur une partie du tracé; elle n'a pas lieu d'être car elle est sans justification et hors la loi. Elle viole l'État de droit; elle n'est qu'un simulacre de démocratie; elle porte atteinte à la dignité des citoyens qu'elle considère comme des niais; elle est de surcroît une incitation à l'incivisme.

Sauf à préconiser l'anarchie dans un État de droit, on ne soumet pas à discussion (réflexion) sur la place publique la loi élaborée par le législateur dans l'intérêt général et promulguée au nom du peuple français.

Malheureusement, et c'est le cas une fois de plus, l'expérience démontre que les enquêtes publiques sont des consultations factices qui ne servent qu'à produire de la paperasse dont il ne sera tenu le moindre compte. Quant à recourir devant la juridiction administrative pour faire respecter la loi, à quoi bon? L'expérience nous a montré que les projets contestés sont irréversiblement réalisés avant condamnations.

En réalité et en vérité, quoi que l'on dise ou écrive dans ces consultations publiques, c'est le Préfet, commissaire de la République, chargé du contrôle de la légalité qui est garant du respect de la Loi: respecter la loi, faire respecter la loi sont les raisons premières de sa mission. Nous devrions en être rassérénés , nous en sommes apeurés . Car nous verrons plus loin que dans le cas présent il commence son action, au sujet de cette enquête, par ne pas respecter lui même la Loi. Dans la République Française il serait pourtant si simple d'appliquer la Loi, sans arguties, au nom de l'Etat de droit, tout simplement.

Deuxièmement

En ce qui concerne le projet hédoniste, à courtes vues et d'esprit uniquement matérialiste, irréfléchi, soumis à l'enquête nous déplorons le manque de conscience écologique, le manque de culture historique, le manque de prévoyance de ses auteurs. Nous dénonçons ce projet déjà pour violation caractérisée de la Loi Littoral, ensuite pour enfermement dans le mensonge lors de la convocation de la "Commission des Site" et enfin pour non respect une fois de plus la loi. Nous dénonçons aussi les anomalies contraires aux droits de l'homme sur sa partie non soumise aux dispositions de la loi littoral.

Nous constatons que le dossier soumis à enquête passe sous silence la loi littoral, loi gênante pour les responsables du projet, mais fondamentale dans le cas présent.

Nous précisons

En effet nous observons que le "loi littoral" du 3 janvier 1986. L146-7 stipule sans équivoque que "les nouvelles routes de transit sont localisées à une distance minimales de 2000 mètres du rivage"…"toutefois les dispositions des deuxième…. alinéas ne s'appliquent pas en cas de contraintes liées à la configuration des lieux…". Or nous constatons, comme vous devez le faire, que la route projetée à son départ de Concarneau est à seulement 325 mètres du rivage. Nous constatons ensuite, comme vous devez vous aussi une nouvelle fois le faire, qu'aucune contrainte liée à la configuration des lieux n'est fondée sur la réalité: il existe, à moins de 150 mètres dans le sud et en s'éloignant de la mer, une route départementale (cd22) que les textes en vigueur, dont ceux définis au code de l'expropriation, permettent d'en modifier le profil et de l'élargir dans le respect de l'État de droit.

L'élargissement de cette route départementale n° 22 qui est déjà reliée à la RD 122 ainsi que le démontrent les documents graphiques doit se faire au même titre qui est prévu dans le projet d'aménagement (élargissement) de la RD 122 elle même, jusqu'à sa jonction avec la voie express n° 165 au lieu dit Kerampaou sur la commune de Melgven.

Aucune disposition législative ne permet de déroger à la réalité de l'état des lieux sous peine de développer le "syndrome corse".

Troisièmement

De plus notre patrimoine est en danger.

Nous déplorons que la nouvelle route de transit, illégalement projetée, ruinerait irrémédiablement de hauts lieux de culture et de mémoire. Elle créerait une large saignée bitumée dans un paysage encore indemne et chargé d'histoire, elle détruirait les équilibres biologiques. Ceci non seulement à 325 mètres du rivage, après le port de Concarneau, mais de surcroît à moins de 150 mètres du prestigieux vieux manoir historique du Moros (autrefois Monros) intimement lié à l'Histoire de France et à l'Histoire de Concarneau.

Récit de l'importance du manoir du Moros et des terres qui l'entourent dans l'histoire de Concarneau

Le manoir du Moros et les terres qui l'entourent et d'autres lieux plus dispersés ont appartenu, pendant 77 ans, à la famille d'Abraham Duquesne, chef d'Escadre de Flandres (1647), Lieutenant Général des Armées Navales (1667) , commandant de la Marine à Brest de 1667 à 1672 où il fit construire deux forges, un magasin et une corderie qui marquent la naissance de l'arsenal de Brest.

En son temps Abraham Duquesne fut l'un des plus fidèles serviteurs de Louis XIV et le plus grand marin de France. Lors de la campagne de Sicile, il fut vainqueur des batailles navales de Stromboli le 8 janvier 1676 sur les hollandais commandés par l'amiral M. Ruyter, d'Agosta le 22 avril sur les hollandais et les espagnols où Ruyter fut mortellement blessé, de Palerme le 2 juin où la flotte hollandaise fut anéantie. La glorieuse guerre dite "de Hollande" qui se termina par la "Paix de Nimègue" le 10 août 1678 donna à la France la Franche-Comté et plusieurs places du Nord. Abraham Duquesne fut un des principaux artisans de cette victoire qui valu à Louis XIV le surnom de "Grand" et à la France la première place en Europe; les victoires de 1676 font considérer, en 1678, Duquesne comme le Turenne des Mers.

Retour en arrière:

En 1650 David de Beaulieu hérite de la seigneurie noble de Monros (aujourd'hui Moros) dans la paroisse de Lauriec (aujourd'hui Lanriec) au duché de Bretagne, à proximité de Conquerneau. Elle lui vient de son frère ainé Augustin, capitaine de vaisseau, homme de confiance de Richelieu qui l'avait acheté en février 1635 à Marguerin Pégasse de Quimperlé qui l'avait lui même acquise du marquis et de la marquise de Rosmadec.

Beaulieu vend le 21 janvier et le 16 septembre 1651 , respectivement à Abraham Duquesne et à son frère cadet Jacob (Dieppe 1615-1660), la seigneurie du Monros avec "bois, maison, colombier ,écuries, jardin, bois de chauffe, futaie, taillis, prés, greniers," et autres dépendances de la "grande maison et manoir de Monros" y compris les deux moulins, dont "le moulin noble" (situé aujourd'hui sur la commune de Melgven), le domaine du Petit-Monros et tous les droits honorifiques.

Etienne Duquesne (Dieppe 1620-1659), le frère puîné ne participe pas à l'acquisition.

Abraham Duquesne né à Dieppe entre 1604 et 1610, épouse à Paris le 15 juillet 1661, une jeune veuve de vingt sept ans, née Gabrielle de Bernières, dont il aura quatre fils, Henri (1662-1722), Abraham (1663-1695), Jacob (1665-1741), Isaac (1666-1745) qui en 1715 était encore à Monros qu'il vendra en 1728. Célibataire il mourra à Versailles en 1745. Abraham Duquesne résidera à Monros jusqu'à son mariage en 1661, puis résidera entre Monros, Paris et Brest à différentes occasions jusqu'à sa mort à Paris le 1 février 1688.

Jacob Duquesne né à Dieppe vers 1615 se marie en 1646 avec Suzanne Guiton, la fille de l'illustre maire calviniste de la Rochelle et ancien compagnon d'armes d'Abraham, ancien amiral des rochelais et qui soutint le terrible siège de sa ville contre le cardinal de Richelieu.

Nous précisons que le manoir de Monros (le Moros) où réside outre Abraham, son frère Jacob avec son épouse Suzanne Guiton, recevra en 1680 le corps de Jacob, capitaine de vaisseau entretenu dans la marine du roi, tué sur le pont de son navire lors d'un abordage corsaire. Etienne Duquesne, capitaine de vaisseau de commerce, est tué à la mer dans des conditions analogues en 1659.

En 1661 lors de la disgrâce suivie de l'arrestation du surintendant des Finances Nicolas Fouquet par ordre du roi, en trois mois Abraham Duquesne confisque pour le roi la totalité de la flotte marchande de Fouquet et près de 70 canons rien qu'à Conquerneau, dont le gouverneur est depuis 1646 Christophe Fouquet, seigneur de Chalain, seigneur de la terre de Coatcanton dans la paroisse de Melgven près de Concarneau. Ce Christophe Fouquet est le cousin germain du père du surintendant Nicolas Fouquet. La base de départ des navires des Fouquet, devenus armateurs, fut le port de Concarneau. En 1661 Nicolas Fouquet devint propriétaire de l'archipel des Glénan au large de Concarneau. Tombé en disgrâce la vente de 1661 est frappée de nullité en 1665.

Le 3 août 1681 le ménage Duquesne achète à la maréchale de Clairambault " les terres et seigneries du Bouchet, Val-Petit, la baronnie de Valgrand fiefs et dépendances, ensemble de la terre de Montaubert, aussi avec ses appartenances" près d'Arpajon. En février 1682 Louis XIV écrivait "notre très cher et bien-aimé Abraham Duquesne, général de notre Armée Navale, nous a rendu des services si importants dans le commandement de nos dites Armées Navales que nous voulons en toutes occasions lui donner les marques de la satisfaction que nous en avons; c'est pour ces raisons que nous avons payé de nos deniers la terre et la baronnie du Bouchet-Valgrand et voulant lui donner de nouvelles marques de l'estime que nous faisons de sa personne, qui puissent passer à sa postérité, nous avons bien voulu ériger en marquisat, sous le nom du quesne, la dite terre du Bouchet-Valgrand. Donné à St Germain en Laye, février de l'an de grâce 1682".

En 1682, Abraham Duquesne obtient également de Louis XIV des "lettres d'union de fiefs et d'établissement de justice en la terre de "Monros". Les seigneuries de Monros, Quérvichard , Querenville, Petit-Monros, Quergoët , Lauriec , Poaldohau , Querliongar , Lamintin acquises peu à peu et "contiguës les unes aux autres" sont unies en une seule et même terre et "pour la plus grande décoration…(le roi accorde à Duquesne) le droit de haute, moyenne et basse justice sur les sujets et vassaux des dites terres et seigneuries…(justice qu'il) pourra faire exercer par un sénéchal ou autres officiers nécessaires et à cet effet faire construire un auditoire en la paroisse et bourg de Lauriec...voulant qu'il y fasse dresser fourches patibulaires à trois piliers, au lieu le plus convenable pour être à l'avenir ladite justice de Monros…Donné à St Germain en Laye"

A proximité Duquesne possède encore les seigneries de Rieux, Fercignac, Prillac et Pachanay, mais non incluses dans la seignerie et justice de Monros. Nous précisons qu'en ce temps où les gens du petit peuple vivaient misérablement, le moindre larcin pour ne pas mourir de faim, était passible de la pendaison. Les condamnés de la paroisse de Conquerneau étaient conduits vers le gibet situé sur les hauteurs de la paroisse de Laurie, c'est à dire sur les hauteurs du passage Lanriec aujourd'hui. Ils sortaient de la ville close par la petite porte "dite des larrons" située à la base des remparts vers le chenal.

Après ce court rappel historique des temps anciens revenons aux temps modernes Nous constaterons, une fois de plus, que les intérêts à court terme priment sur les valeurs durables

Sans penser à l'avenir on ne rêve qu'à des intérêts matériels à court terme, liés à des activités déclinantes par la force des choses, telles que la pêche hauturière et ses industries connexes; et on néglige les valeurs immatérielles d'avenir, permanentes et durables, essentielles pour les activités culturelles et de loisirs, dont le nautisme, du Concarneau de demain.

Nous rappelons que si aujourd'hui la ville de Concarneau doit son prestige international à la valeur historique et culturelle que constitue sa Ville Close, sans laquelle Concarneau serait sans attrait, sans laquelle l'industrie touristique serait négligeable, elle ne le doit ni à la volonté ni à la réflexion, ni à la clairvoyance de ses élus ; elle ne le doit pas non plus aux services de l'Etat. Ni les uns ni les autres n'ont eu quelque mérite à l'aube du siècle qui s'achève.

La ville doit son caractère au civisme, à l'énergie et à l'intelligence de quelques citoyens indépendants des clans politiques qui à la fin du siècle précédent celui qui s'achève, alors que les services des Domaines de l'État avaient programmé la mise en vente des pierres des remparts du monument d'architecture militaire du passé qu'est la Ville Close, ont fait suspendre la procédure et ont obtenu le classement des remparts au titre des monuments historiques le 27 février 1899.

Ils n'étaient plus là malheureusement lors du comblement du bassin de la demi-lune.

Nous avons constaté la même indifférence des pouvoirs publics et des responsables locaux d'aujourd'hui lorsqu'il y a 21 ans il s'est agi de préserver le château de Keriolet, autre élément du patrimoine concarnois. Lui aussi était menacé de transformations qui lui aurait enlevé toute valeur culturelle alors qu'il avait déjà subi, par esprit de lucre, un outrage de vandalisme économique; ce fut la démolition en 1971 de sa merveilleuse chapelle de style gothique dont la première pierre avait été posée le 19 mars 1881 et qui avait été consacrée au début de l'été 1882. Dans cette circonstance c'est encore une association apolitique de bénévoles née en 1972 pour "la défense de l'environnement et du patrimoine à Concarneau et dans sa région" qui, par son intervention et la constitution d'un dossier documenté adressé au préfet Jourdan, a obtenu l'inscription du château de Keriolet à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, par arrêté du ministre de la culture le 21 décembre 1984.

Aujourd'hui : ce sont les terres proches du vieux manoir du Moros, et par contrecoup l'ensemble architectural avec son puits monumental et son colombier d'aussi grande valeur historique et culturelle pour Concarneau que la Ville Close, qui sont en danger . la carence des services de l'État, comme naguère lors de la menace sur les remparts de la Ville Close, l'indifférence habituelle des autorités locales, sont toujours en cause.

Nota: Nous rappelons que la large ria du Moros, après le port de Concarneau, est la partie aval d'une vallée envahie par la mer et soumise aux marées. Bordée par le sentier côtier de servitude de passage sur le littoral, elle est partie du domaine public maritime. Elle n'est pas l'estuaire ni la rivière du Moros comme certains la qualifie abusivement.

Le simple ruisseau, dans son lit de deux à trois mètres de large, qui aboutit à un bassin de retenue de son eau douce pour la station de pompage de Brunec pour Concarneau, est aussi appelé Moros mais n'a rien de commun, sauf le nom, avec la ria du Moros constitutive du domaine public maritime.

Concarneau le 17 mai 2000

Louis Nerzic
Keriolet
29900 Concarneau

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