L'histoire de 200 ans d'action sociale a Concarneau
La ville de Concarneau
Ville et Histoire
[
Ville
] [
Histoire
] [
Animations
] [
Rues
]
Histoire de concarneau
Exposition à l'Hotel de Ville du 2 au 17 Mai 1997
De la charité à l'aide sociale
L'histoire de 200 ans d'action sociale
Exposition à l'Hotel de
Ville du 2 au 17 mai 1997
par l'historien Michel Guéguen.
Des bureaux de bienfaisance instaurés par la loi du 7 frimaire,
an V de la République (27 novembre 1796), aux défis sociaux
que relèvent aujourd'hui les CCAS, ce sont deux siècles de
solisdarité que retrace l'exposition concoctée par l'historien
Michel Guéguen, qui sera présentée à l'Hotel
de Ville du 2 au 19 mai.
Une expo qui rappelle notamment le contexte particulier - car principalement
lié à la condition des gens de mer - dans lequel s'exerça
cette solidarité dans la région de Concarneau.
La notion de devoir d'assistance envers les nécessiteux prend
ses racines au Moyen Age, époque où l'Eglise est à
peu près seule à s'efforcer de soulager la misère.
Une démarche d'ailleurs souvent dictée par un souci de paix
sociale, mais qui donnera notamment naissance, au XIIIe siècle,
aux "tables des pauvres" et, pour les indigents, aux "Hotels-Dieu".
Plus tard, le pouvoir civil "laïcisera", en la "municipalisant",
cette action qui, longtemps encore, s'appellera charité.
Un long cheminement
Il faudra attendre la Révolution pour que les idées nouvelles, inspirées
par la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, bannissent cette notion de "charité",
pour faire des secours publics, du droit au travail et à l'assistance, une "dette sacrée"
de la société envers les plus défavorisés.
C'est sous le directoire, le 27 novembre 1796, que sera votée la loi instituant les
"bureaux de Bienfaisance", chargés de percevoir, de gérer et de répartir les
taxes prélevées sur les spectacles devant assurer les nouveaux "droits des pauvres".
En 1889, le congrès international d'assistance mettra sur pieds une charte proclamant
"l'assistance publique à ceux qui se trouvent temporairement ou définitivement
dans l'impossibilité de gagner leur vie". Puis viendront les lois de 1893 (assistance
médicale gratuite à domicile ou en établissement hospitalier, création dans chaque
commune d'un bureau d'assistance) ; de 1904 (assistance aux enfants) ;
de 1905 (assistance aux vieillards, infirmes et incurables sans ressources) ; de 1913
(aide aux femmes en couches et aux familles nombreuses)...
Un long cheminement passant par la loi sur les assurances sociales (1928),
le développement des allocations familiales (1932), l'instauration de la sécurité sociale
(1945), etc..., pour arriver enfin, en 1986, à la création des Centres Communaux D'Action Sociale (CCAS)
puis, en 1988, à celle du RMI.
Gens de mer, gens de misère...
De l'origine jusqu'à une époque encore assez récente, les conditions de vie en milieu rural résulteront des bonnes ou mauvaises saisons.
Cependant, les conséquences d'une mauvaise récolte céréalière -par exemple- seront souvent, tant bien que mal,
atténuées par le recours à d'autres ressources alimentaires (légumes, petits élevages...).
Le contexte est bien différent en pays côtier, où mauvaise saison de pêche signifie misère.
Irrémédiablement. Car le sort de chacun, dans une famille, est très étroitement lié à la mer:
le mari est marin pêcheur, la femme et souvent les enfants,
sont employés au traitement ou au conditionnement du poisson. C'est particulièrement vrai à Concarneau,
où une crise dans cette mono-industrie que constitue la pêche sardinière,
engendre la perte, sans appel, de toute source de revenus.
Outre les naufrages et autres infortunes inhérentes au métier de marin, d'autres ombres noircissent encore
ce tableau déjà bien sombre. Les guerres d'abord: l'Inscription maritime peut mobiliser tout homme valide, à tout moment de sa vie.
Des chefs de famille doivennt ainsi abandonner leur foyer durant six ans, voire plus. A jamais pour ceux,
trop nombreux, qui ne reviendront pas...
Les épidémies, ensuite: les marins et leurs familles sont aux
avant-postes lorsque se déclarent le choléra ou le typhus, souvent amenés par des bateaux relâchant dans le port.
Concarneau, comme d'ailleurs la plupart des cités portuaires, paiera un lourd tribut à ces fléaux, moins directement
ressentis par les communes un tant soit peu éloignées de la côte. Ces malheurs forgeront entre les gens de mer une solidarité particulière,
s'exprimant par une entraide aussi spontanée que discrète. La fierté et la pudeur face à l'adversité, bien ancrées dans leur caractère,
amèneront même un maire à refuser au préfet la création d'une société d'assistance, "les familles de marins se portant déjà mutuellement secours".
C'est une des anecdotes que rapporte Michel Guéguen dans son introduction à l'exposition "de la Charité à l'aide sociale".
Archives concarnoises
Cette exposition, l'historien l'a réalisée à partir de recherches dans les archives munucipales de Concarneau, celles de Quimper, et celles de la Marine.
En une quinzaine de panneaux, elle retrace les événements de l'histoire locale dans lesquels la solidarité dut jouer son rôle,
bien souvent dans des circonstances extrèmes. Comme cette misère, mentionnée dans un document daté de 1726, consécutive à la privation de pêche à la drague,
unique ressource des pêcheurs concarnois entre octobre et mai, période où la sardine ne donnait plus. Ou l'épidémie de 1772,
durant laquelle on enregistra de 6 à 7 décès par jour. Ou encore, entre 1803 et 1804, une misère qui "est à son comble", les seuls marins valides étant
à la guerre, et la présence de l'ennemi dans la baie interdisant toute pêche. La pêche, également compromise par l'absence de sardine
durant des périodes plus ou moins longues ("depuis 5 ans", note-t-on en 1822). En 1865, épidémie de choléra: 78 morts. En 1914,
la guerre, bien sûr, mais aussi une épidémie de méningite...
Sans tomber dans le misérabilisme, une litanie de catastrophes ou d'époques sombres, au cours desquelles interviendront diverses instances
, des Etats de Bretagne (comme en 1741) au Bureau d'aide sociale, créé en 1953, en passant par la Fête des Filets Bleus (1905), sera
réparti entre le bureau de bienfaisance, les soupes aux enfants des maternelles, et le "Fourneau économique". Ce dernier, créé en 1884 et
destiné à servir des repas à bon marché, fait partie des initiatives qui, à la fin du siècle dernier, marqueront un tournant dans l'histoire
de l'aide sociale à Concarneau: secours de la Marine aux familles des péris en mer, mise en place d'une "Société de secours mutuel" pour assurer les bateaux de pêche,
ateliers de charité pour les femmes, fondation de la "Mutuelle scolaire de Concarneau", organisation de quêtes, de loteries, etc...
Depuis 1986, le CCAS a remplacé le Bureau d'aide sociale. Nouvelle appellation, mais surtout nouveaux objectifs: les actions menées aujourd'hui
concernent notamment la petite enfance, les personnes agées, la mise en place et l'élargissement des chantiers d'insertion, le RMI,
la lutte contre l'exclusion tous azimuts...Vaste programme, qui s'attache à traiter des problèmes actuels, et parfois à les anticiper: une tâche où le
dynamisme et l'imagination, au même titre que le souci de la dignité de chacun, sont des vertus professionnelles. Et l'exposition
présentée à l'Hôtel de Ville peut amener à une reflexion plutôt réconfortante, et même porteuse d'espoir: on est décidemment loin
d'une certaine charité de jadis.
Article extrait de la revue "Sillage" d'Avril 97
Copyright © 1997 Mairie de Concarneau
|
|